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CAUSE RIL Episode #1

…larmes retardataires…

Le temps est une ressource fragile.
Il n’y a pas si longtemps la République Démocratique du Congo était une colonie belge. Je n’étais pas encore né, mais je naîtrais dans un pays “libre et indépendant”. Quarante-deux ans après l’indépendance du Congo, le 30 Juin 2002, le Brésil affrontait l’Allemagne en final de coupe du monde de foot. C’était un dimanche, je m’en souviens parce que nous étions chez le meilleur ami de mon père. Nous nous retrouvions souvent chez lui les dimanches après la messe. Et ce dimanche était doublement spécial parce que c’était à la fois la finale de la coupe du monde et la fête de l’Indépendance. En direct de je ne sais plus quelle chaîne, nous suivions le match. Grande tension. Un espace de dix-neuf ans me sépare de ce dimanche. Le temps s’est volatilisé et n’a laissé derrière lui que des bribes de souvenirs.

Qu’ai-je donc fait? Je ne peux pas dire que je n’ai pas gâché le temps.
Ces vingt dernières années m’ont permis en effet d’acquérir une certaine expertise en gâchage de temps. Une sorte de sagesse renversée.

Comment perdre son temps dans la vie?

1. Penser qu’on a le temps

Le bonheur se cache dans le travail et dans la capacité de jouir de son travail. Or, le travail est comme l’amas de richesses inséparable du temps. Aucune activité terrestre ne peut se dérouler en dehors de l’espace temporel. La confection du présent texte par exemple n’a pas eu lieu dans l’éternité mais s’est faite dans le temps et en simultané avec son écoulement.
Ce qui est dommage pour les êtres humains, c’est qu’ils ne peuvent pas arrêter le temps. Il existe seulement cette illusion que les aiguilles semblent s’arrêter de tourner quand on est extatique, quand on souffre, quand on s’ennuie, quand on prie ou quand on frôle la mort. Malheureusement, rien ne peut arrêter la course effrénée du temps. Mon inaction, mon inertie, mon désoeuvrement, ma oisiveté, ma paresse la plus profonde n’ont pas le pouvoir de le stopper; mais peuvent néanmoins retarder et anéantir même ma capacité à vivre le bonheur.

Un certain jour, alors qu’on passait du temps ensemble, mon ami Moïse et moi, il m’a dit une phrase qui résonne encore dans les antres profondes de mes pensées aujourd’hui: “Le plus grand piège que le diable peut tendre à un enfant de Dieu, c’est parvenir à le convaincre qu’il a le temps”. Le diable sait que les jours sont comptés et que le temps est fugitif.

Penser qu’on a le temps conduit à la procrastination. Je ne fais rien sur le champs ou autre chose que ce que je suis supposé faire pour la raison que je pourrais le faire plus tard. Quand plus tard? Quand j’aurais l’énergie, l’inspiration, l’argent, la motivation ou autres raisons moratoires.

Je n’ai pas le temps de penser que j’ai le temps mais seulement le temps d’agir.

J’ignore à qui cette citation appartient qui dit que “le meilleur moment pour planter un arbre c’était il y a vingt ans…” — c’est une phrase compliquée que j’abhorre de tout mon être; car elle me remplit de regrets et de remords. Mais c’est une phrase que je ne peux pas réfuter si je suis honnête avec moi-même, parce qu’elle est véridique de tous les côtés. Il y a cette autre phrase que je n’aime pas, cette fois de Jean-Jacques Rousseau, qui dit: “Est-il temps, au moment qu’il faudrait mourir, d’apprendre comment on aurait dû vivre?” Quand je lisais “Rêveries du promeneur solitaire”, je n’avais pas besoin qu’on me rappelât mon âge, mes mauvais choix et mon manque cruel de grandes oeuvres dans mon curriculum vitae. Quelle douche froide ! En regardant dans le rétroviseur de ma vie, je ne vois que les heures, les jours, les années, les secondes que j’ai bradés… Je ne vois que la similarité entre la mienne et l’existence d’un drogué désargenté en quête de plus de drogues et de vides.
L’introspection fait grandir et l’interrogation sortir du confort.

Un certain jour, alors qu’on passait du temps ensemble, mon ami Moïse et moi, il m’a dit une phrase qui résonne encore dans les antres profondes de mes pensées aujourd’hui: “Le plus grand piège que le diable peut tendre à un enfant de Dieu, c’est parvenir à le convaincre qu’il a le temps”. Le diable sait que les jours sont comptés et que le temps est fugitif.

Penser qu’on a le temps conduit à la procrastination. Je ne fais rien sur le champs ou autre chose que ce que je suis supposé faire pour la raison que je pourrais le faire plus tard. Quand plus tard? Quand j’aurais l’énergie, l’inspiration, l’argent, la motivation ou autres raisons moratoires.

Je n’ai pas le temps de penser que j’ai le temps mais seulement le temps d’agir.

J’ignore à qui cette citation appartient qui dit que “le meilleur moment pour planter un arbre c’était il y a vingt ans…” — c’est une phrase compliquée que j’abhorre de tout mon être; car elle me remplit de regrets et de remords. Mais c’est une phrase que je ne peux pas réfuter si je suis honnête avec moi-même, parce qu’elle est véridique de tous les côtés. Il y a cette autre phrase que je n’aime pas, cette fois de Jean-Jacques Rousseau, qui dit: “Est-il temps, au moment qu’il faudrait mourir, d’apprendre comment on aurait dû vivre?” Quand je lisais “Rêveries du promeneur solitaire”, je n’avais pas besoin qu’on me rappelât mon âge, mes mauvais choix et mon manque cruel de grandes oeuvres dans mon curriculum vitae. Quelle douche froide ! En regardant dans le rétroviseur de ma vie, je ne vois que les heures, les jours, les années, les secondes que j’ai bradés… Je ne vois que la similarité entre la mienne et l’existence d’un drogué désargenté en quête de plus de drogues et de vides.
L’introspection fait grandir et l’interrogation sortir du confort.

Penser qu’on a le temps conduit à la procrastination. Je ne fais rien sur le champs ou autre chose que ce que je suis supposé faire pour la raison que je pourrais le faire plus tard. Quand plus tard? Quand j’aurais l’énergie, l’inspiration, l’argent, la motivation ou autres raisons moratoires.

Je dois me ressaisir.

“Le deuxième meilleur moment pour planter un arbre, c’est maintenant.” Ce n’est pas la phrase la plus motivante qui soit. C’est comme “Profiter de l’instant présent”, “On ne vit qu’une fois”, “Rien n’a plus de valeur qu’aujourd’hui”,”Hâtons-nous aujourd’hui de jouir de la vie; qui sait si nous serons demain?”, toutes ces phrases carpe diem sont faciles à dire. Mais au fond du fond pratique, qu’est-ce-qu’elles signifient vraiment, ces phrases? Que 19 ans sont passés depuis le 30 Juin 2002. Que 61 ans se sont écoulés depuis le 30 Juin 1960. Qu’ai-je donc fait? À part bien sûr, procrastiner la vie? Et que ferai-je du précieux temps qu’il me reste?

2. N’apprendre que de ses erreurs

La vie est trop courte pour n’apprendre que de ses erreurs. D’ailleurs n’apprendre que de ses erreurs est une grave erreur. Je suis devenu un lecteur de biographies, d’autobiographies et de livres en général, un étudiant de la vie des autres parce que je voulais aller loin. Quand on veut aller vite, on part seul et seulement avec le sac à dos de ses erreurs mais quand on veut aller loin, on part accompagné et avec la soute à bagages des erreurs des autres.
Si je peux glaner dans le vécu de mes prédécesseurs et de mes contemporains des leçons susceptibles de m’éviter à faire quelques faux pas, je gagne en temps.
J’ai passé trop d’années le nez fourré dans mon bourbier.
Oui, j’ai tiré des leçons inestimables de mes expériences les plus sombres, mais j’ai également perdu un temps précieux.

Il y a deux façons d’apprendre dans la vie, disait le Révérend Espérance MBAKADI. Soit par l’expérience, soit par la sagesse. Mais l’expérience parfois nous laisse boiteux comme Jacob de la Bible.
En 2010, quand le Révérend prêchait ce message, je pensais avoir compris. Mais maintenant que j’ai (métaphoriquement) la hanche démise, je crois que je commence à comprendre. Je tenterai d’être plus sage à l’avenir.

Le match s’était terminé sur un 0-2, doublé de Ronaldo, victoire du Brésil, qui, ce jour-là, remporta sa cinquième coupe du monde. Nous étions joyeux, euphoriques. C’était “les rapides délices” dont parle Lamartine dans “Le Lac”.

Le Congo, lui, était encore dans le deuil provoqué le 16 Janvier 2001 par l’assassinat de M’zee Laurent-Désiré Kabila. J’étais beaucoup trop jeune pour comprendre la politique et beaucoup trop innocent, insouciant, indifférent pour comprendre la mort. Je n’avais donc pas pleuré à sa mort. Je pleurerais bien un bon coup aujourd’hui. Larmes retardataires. Le temps est une ressource fragile, alors avant qu’il ne vienne à manquer, j’essaierai de vivre, pleinement, sagement.